" J'ai touché son pouls, je le sentais plus " : le récit glaçant de la dernière nuit de Fiona


COMPTE-RENDU – Au quatrième jour de leur procès, Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf, jugés pour des violences qui ont entraîné la mort de leur fille et belle-fille Fiona, ont raconté comment ils avaient découvert le corps de l’enfant. Sans expliquer les circonstances de son décès, ni en dire plus sur l'endroit où ils l’ont enterrée.

Berkane Makhlouf est debout dans le box des accusés et, pour la première fois depuis le début du procès, le corps de l’ancien toxicomane abruti par les médicaments s’anime. "Vers 23 heures, Fiona est venue dans la chambre, elle nous a fait un bisou, je lui ai dit de se recoucher. Dans la nuit, on a entendu le lit grincer. On s’est levés le matin et là, Fiona avait du vomi autour de la bouche. Je lui ai dit ‘réveille-toi ma chérie’ (…) J’ai dit ‘Cécile, y a un problème, Fiona va pas bien !’ J’ai dit ‘je crois qu’elle est morte’. (…) J’ai touché son pouls, je le sentais plus, je l’ai lavée, je l’ai reposée au sol, c’était un cauchemar…"

En quelques minutes, la cour d’assises de Riom (Puy-de-Dôme) vient de basculer avec effroi dans la matinée du 12 mai 2013, celle où le couple dit avoir découvert Fiona morte dans son lit. Le beau-père de l’enfant mime le "massage cardiaque", l’affolement dans leur appartement de Clermont-Ferrand. Il aurait voulu appeler les pompiers, la mère de la fillette non. "Si", proteste Cécile Bourgeon, jusque-là impassible. La salle est secouée par ce qu’elle semble entrevoir comme un moment de vérité de la part de l’accusé.

"Un teint cadavérique"

Des derniers instants de Fiona, l'assistance n’en saura peut-être pas plus. Car tout au long de la journée, Cécile Bourgeon et Berkane Makhlouf se sont accusés mutuellement de l’avoir frappée, tentant néanmoins d’insinuer que les coups pourraient ne pas avoir été mortels. "Il est possible qu’elle ait avalé une substance, explique Berkane Makhlouf, qui avait raconté que la drogue traînait partout chez eux. "Alors pourquoi une telle mise en scène pour un accident ?", tonne l’avocat général, agacé par les contradictions et multiples versions des accusés. "On avait peur qu’on nous enlève les autres gamins. On craignait une enquête sociale, on avait des plans de cannabis".

Alors, de concert, ils auraient transporté le corps jusque dans la voiture puis conduit un peu "au hasard" près du lac d’Aydat. Un "chemin"qui tourne, une pelle qui traîne là, un trou creusé à la hâte malgré "la terre dure", deux bouts de bois en forme de croix posés sur un tas de branchages et une prière musulmane rapidement récitée. La sépulture "non préméditée", selon les mots de Cécile Bourgeon, n’a jamais été retrouvée.

De Fiona, il ne reste trois ans et demi après que les souvenirs de ceux qui l’ont connue. A la barre ce jeudi, des assistantes maternelles et des institutrices sont venues raconter l’enfant qui avait "les plus beaux yeux de l’école". Une petite blonde qui "sautait dans les bras de M. Makhlouf" lorsqu’elle l’apercevait, "intelligente" et "vive". Mais qui s’était un peu éteinte le mardi 7 mai 2013. "Elle avait un teint cadavérique, je lui ai demandé ce qu’elle avait, elle m’a dit que ça allait" raconte l’une des assistantes, la voix encore tremblante. Fiona n’avait pas de bleus, ni de fièvre, juste un vilain bandeau jaune qui barrait son front. Elles ont pensé qu’elle était un peu patraque.

Le lendemain, la dame du cinéma a elle aussi vu la fillette au bandeau jaune, placé aujourd’hui dans un scellé exposé à la cour. Elle a été "choquée" par cette enfant "inexpressive". "Elle était extrêmement blanche et avait une déformation au niveau du crâne, j’ai été chamboulée", se souvient la témoin. Fiona n’a pas vu de dessin animé ce mercredi-là, il n’y avait plus de séance. La famille est repartie. C’est la dernière fois que l’enfant a été vue vivante.

Related

NOUVELLES 4181874234857917002

Enregistrer un commentaire

A LIRE

Recent

Comments

item